Le livre de l’Amie et de l’Aimée

( Collage d’après Ramon Lull ( Le Livre de l’Ami et de l’ Aimé14ème siècle) , Monique Wittig Le corps lesbien, et Heta Rundgren, « sur le mot odd », Vers une théorie du roman etc. p 355-358)

 

14 – L’amie cherchait quelqu’un qui pût raconter à son aimée comment elle endurait de grandes peines d’amour et comment elle en mourait. Elle rencontra son aimée qui lisait un livre dans lequel étaient écrites toutes les langueurs que donnaient à l’amie l’amour de son aimée et tous les plaisirs qu’elle en recevait.

 

132 L’amie était étendue sur un lit d’amour ; les draps étaient de plaisir, la couverture de languissements, et le coussin de pleurs. La question était de savoir si le coussin, les draps et  la couverture avaient même étoffe.

 

134 L’aimée priait l’amie qu’elle ne l’oubliât pas. L’amie disait qu’elle ne pouvait l’oublier puisqu’elle ne pouvait l’ignorer.

 

145 L’amie gémit et son cœur se plaint de la brûlure d’amour ; l’amie se meurt. L’aimée la pleure, et, dans sa miséricorde, lui insuffle patience et espérance.

 

9 – Amie, dis-moi, dit l’aimée, prendras-tu patience si je double tes langueurs ? Oui dit l’amie,  pourvu que tu doubles mes amours.

 

146 L’amie pleurait  ce qu’elle avait perdu et il n’y avait personne qui pût la consoler car ses pertes étaient irréparables.

 

137 La nuit existe pour que l’amie veille et médite sur les noblesses de son aimée ; or l’Amie croyait que c’était pour le repos et le sommeil de celles qui sont tourmentées d’amour.